Une surprise m’attendait dans notre délégation CSC à Genève: la présence de Jeanne Devos! Jeanne et Pia Stalpaert représentent toutes deux la CSC dans la commission sur le travail domestique.Si vous ne connaissez pas Jeanne Devos, jetez un coup d’oeil sur wikipedia ou tapez "National Domestic Workers Movement" ou encore "zusterjeannedevos.org" dans Google. En quelques mots: Jeanne Devos a gagné ses galons grâce à son engagement en faveur des travailleuses domestiques en Inde et des pauvres à Bombay. En 1963, cette missionnaire flamande embarque pour 28 jours de traversée en bateau en direction de l’Inde afin d’y travailler à l’Institut pour sourds et aveugles de la congrégation des "Zusters van de Jacht". Trois ans plus tard, elle créée un mouvement estudiantin qui sensibilise aux droits des plus pauvres. Ce mouvement évolue ensuite et s’attache à la défense des travailleuses domestiques. Tout a commencé quand elle a, un jour, réuni six très jeunes travailleuses domestiques.
Elle s’est inquiétée du sort des fillettes issues de villages pauvres qui, pour survivre, sont engagées (par le biais d’intermédiaires) comme travailleuses domestiques dans les grandes villes où elles sont contraintes de vivre dans des conditions misérables, privées de droits et exploitées comme des esclaves. Le petit groupe initial de 6 personnes s’est développé et est aujourd’hui actif dans 23 Etats de l’Inde. Il s’est développer pour devenir un mouvement qui défend les droits des travailleuses domestiques et qui lutte efficacement contre l’esclavagisme et d’autres excès du travail domestique.
Ce mouvement est entre-temps devenu un mouvement à part entière. Grâce à de puissants comités composés de groupes de militants, à un réseau de contacts implanté dans les villages et les villes, il vient en aide aux victimes d’abus et défend leurs droits : un salaire décent, un statut protégé, une protection contre l’exploitation et les abus, la lutte contre le travail des enfants,… Le "National domestic Workers Movement", le mouvement dont Jeanne Devos a assuré la coordination nationale, est devenu un mouvement de masse, un mouvement suffisamment fort pour de temps en temps critiquer ceux qui détiennent le pouvoir, pour critiquer l’église. Il a fait un choix de principe en prenant la défense des plus faibles. Il ne s’agit pas seulement de faire de la philanthropie mais de défendre la justice, ici et maintenant. Le mouvement travaille dur, fidèle à sa vocation d’agitateur professionnel, pour reprendre les termes de Paul Vandenboeynants. La force du mot, de l’engagement, de la motivation, de l’ardeur et suffisamment de bon sens pour obtenir des résultats. Et la liste des résultats engrangés dans plusieurs Etats de l’Inde est longue: salaire minimum pour les travailleuses domestiques, interdiction du travail des enfants, actions pour un salaire décent, pour des temps de travail corrects.
Jeanne Devos a aujourd’hui 75 ans mais elle n’a rien perdu de sa verve ni de sa combativité. Ces dernières années, sa personnalité et son travail gagnent en notoriété, notamment en Belgique. Tournée dans différentes sections de la KAV, passage remarqué aux congrès de l’ACW et de la LBC et bientôt une visite aux organisations de la CSC. Elle sera aussi présente au congrès national de la CSC. Jeanne Devos est également nominée comme personnalité belge et pour le Prix Nobel de la paix. Récemment, elle est devenue citoyenne d’honneur de la ville de Leuven. Cette Jeanne Devos était évidemment la personnalité qu’il fallait pour participer, avec notre collègue Pia Stalpaert, à cette commission de l’OIT et à une recommandation mondiale sur la reconnaissance du travail domestique. Pia est rompue au travail syndical belge de ce secteur; Jeanne livre le même combat sur un autre continent.
D’après moi, nous aurons une bonne convention et une forte recommandation.
Herman Fonck
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