Je vous écris ces quelques mots depuis Genève, entre deux réunions de la Conférence de l’Organisation internationale du Travail (OIT). L’OIT est une agence des Nations Unies. Elle organise chaque année un conférence à Genève, où se rassemblent des représentants des travailleurs, des employeurs et des gouvernements qui essayent de conclure des accords mondiaux sur le travail et la sécurité sociale.
Si vous vous attendez à lire dans la suite de cet article des histoires compliquées sur des conditions de travail inhumaines à l’autre bout du monde, vous risquez d’être déçu. Pendant cette conférence, beaucoup de nos discussions portent sur des questions liées à la protection sociale et la sécurité sociale. Ces thèmes sont aussi de plus en plus au centre de l’intérêt dans notre pays, notamment parce que la sécurité sociale risque bien de devenir la cible principale d’une lourde opération d’assainissement.
Au cours des discussions sur la sécurité sociale, les délégations patronales présentes à cette conférence internationale font preuve d’un sacré culot. Pour elles, la sécurité sociale est un excellent système … pour un monde idéal. Malheureusement, disent les employeurs, nous vivons dans le monde réel. Nous devons donc tempérer nos attentes. N’oublions pas que la situation budgétaire est désastreuse, que la pression fiscale est déjà très élevée, que la sécurité sociale conforte certaines personnes dans leur inactivité, que le financement coûte de plus en plus cher, qu’il faudra financer les coûts du vieillissement.
Au cours de mon intervention dans ces débats, j’ai demandé aux employeurs si ce n’était pas plutôt l’inverse. C’est justement dans le monde idéal qu’il n’y a pas de chômage, qu’il n’y a pas de problèmes de santé, que l’on n’a pas besoin de protection contre les conséquences d’une très lourde crise financière provoquée par un système financier qui a perdu la tête. Dans le monde réel, le vrai monde, les risques de chômage, de maladie, de vieillesse, de pauvreté, … existent bel et bien. Et c’est contre ces risques que chacun veut et mérite une protection.
Je constate ces derniers jours que ce débat fait aussi la une des médias belges. Après une année de négociations sur la réforme de l’Etat, les négociateurs politiques veulent aujourd’hui parler du ‘volet socio-économique’. Autrement dit, ils veulent s’attaquer aux trous dans les caisses de l’Etat. On parle de 17 ou 22 milliards, mais peu importe. Même si les estimations du déficit diffèrent, les causes et par conséquent les remèdes qui sont avancés par de nombreux hommes politiques ou groupes de réflexion sont toujours les mêmes. Le problème viendrait surtout de la sécurité sociale. Il n’est donc pas difficile de deviner la suite. Des réformes s’imposent d’urgence au niveau de la sécurité sociale. Il faut ‘l’adapter à l’époque moderne’, comme on dit si bien. Lorsqu’il s’agit de traduire cette opération de modernisation en propositions concrètes, c’est généralement à un mauvais spectacle de destruction pure et simple que l’on assiste : limiter les allocations dans le temps ou en diminuer les montants, augmenter radicalement l’âge de la pension, supprimer la prépension, ...
La CSC ne s’est jamais opposée aux réformes qui sont indispensables : pour renforcer les recettes de la sécurité sociale, pour maîtriser les dépenses, pour adapter la sécurité sociale aux mutations de la société. Des réformes qui renforcent la sécurité sociale. Car, jusqu’à nouvel ordre, les Belges vivent toujours dans le monde réel ; Un monde où l’on a besoin de protection sociale. Un monde où l’on doit avoir la décence de ne pas abandonner les chômeurs, les malades et les pensionnés à leur sort. Et un monde où, ayons l’honnêteté de le reconnaître, la sécurité sociale est aussi une question d’intérêt général. Chacun d’entre nous peut se retrouver tôt ou tard dans une situation difficile. Pour toutes ces raisons, la CSC se battra becs et ongles dans les prochains mois pour défendre votre protection sociale.
Luc Cortebeeck, président de la CSC
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